Lignes de Vie

Traditions textiles ancestrales Shipibo-Konibo en Amazonie Péruvienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photographie par Tui Anandi

Vidéos par Leroy Mills

 

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Le Projet

Début Mars, nous avons visité la communauté Shipibo-Konibo de Paohyan, riche en traditions culturelles et l’un des derniers bastions du « Chitonti » - textile indigène traditionnel fabriqué à partir du coton artisanal tissé sur un métier à bras.

Nous avons passé les neuf derniers mois à travailler avec Alianza Arkana, célèbre ONG basée à Pucallpa, sur le développement d’un projet de soutien à la régénération de ces textiles traditionnels. En achetant au prix du commerce équitable et en offrant une plateforme de vente à travers notre galerie à Cusco, l’objectif est de valoriser et de faire reconnaitre cet art, créant un nouvel enthousiasme de la part des artistes. Ainsi cet artisanat qui est en voie de disparition pourra se poursuivra pour les générations à venir. En soutenant la création d’une demande et d’un marché actif, nous envisageons pour ce tissage ancestral un futur long et durable.

Le projet est la continuation du travail de longue haleine de Leroy Mills et Techa Beaumont (kulchajam.org) qui, depuis des années, ont développé une relation et un dialogue avec les artistes traditionnels des terres Shipibo.

Avec ce rapport, nous suivons le processus complet du « Chitonti », de la filature du coton à la peinture du dessin final, connu sous le nom de kené, tout en offrant des observations sur la culture Shipibo-Konibo ainsi qu’une vision de la vie à Paohyan.

PAOHYAN EST SITUÉE PRÈS DE LA RIVIERE DE UCAYALI, À ENVIRON ÉGALE DISTANCE ENTRE PUCALLPA ET CONTAMANA.

 

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Shipibo

 

Avec une estimation de la population à 35 000 âmes, les Shipibo-Konibo, dont le langage appartient à la famille du Panoan, représentent environ  8% des populations indigènes recensées au Pérou. En tant qu’une des ethnies Amazoniennes les plus peuplées du Pérou, les Shipibo-Konibo ont une longue histoire de contacts avec les espagnols mais ils ont su maintenir leur langue et culture, au contraire d’autres cultures qui ont été sévèrement décomposées, voire perdues. Comme toute autre population indigène vivant actuellement dans le bassin Amazonien, les Shipibo-Konibo sont menacés par les dures pressions des influences extérieures comme le sondage et la production de pétrole, les mines, l’exploitation forestière, la culture d’huile de palme, la déforestation, la surpêche commerciale et le narcotrafic.

Les Shipibo-Konibo se distinguent par leur vaste connaissance des plantes médicinales et par leurs superbes traditions artisanales en céramique et textiles. Leurs textiles, aussi connues sous le nom local de « telas », sont un pilier central de leur culture et ont été reconnus par l’Etat Péruvien comme « Patrimonio Cultural de la Nación » (Patrimoine Culturel de la Nation).

Les Shipibo-Konibo sont également connus pour leur cosmologie riche et complexe. Ils vivent au 21ème siècle tout en gardant un pied dans le passé, représentant des millénaires dans la forêt tropicale Amazonienne. Beaucoup de leurs traditions sont encore pratiquées, comme le shamanisme avec l’Ayahuasca. Des chants chamanistiques ont inspirés la tradition artistique et les dessins décoratifs observés sur leurs vêtements, céramiques, outils et textiles.

Tout comme d’autres groups Amazoniens, les Shipibo-Konibo sont animistes. Pour eux, les animaux, la végétation, ainsi que les êtres non biologiques ont un esprit comme les humains. Tout être a deux modes ou aspects, l’un matériel et l’autre spirituel.


 

 

 

 

 
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Chitonti   

 

Le processus laborieux de fabrication d’un seul textile de coton connu sous le nom de « chitonti » - un pagne traditionnel – dure environ 2 mois. Nous avons passé la plus part du temps avec Pekon Rabi, une des quelques 8 artistes dans le village qui pratique encore le tissage au métier à bras. La vente de leur art est souvent la seule source de revenu pour les femmes Shipibo-Konibo, ce qui se ressent énormément à Paohyan où beaucoup d’autres artistes vivent seulement de leur art textile.

Plutôt que de travailler avec le coton, les jeunes femmes de Pahoyan trouvent plus facile de créer leurs textiles depuis des matériaux acquis, qu’elles dessinent et brodent avec des fils de coton acheté dans les magasins. La jeune génération voit peu d’intérêt à filer et tisser leur coton quand elles peuvent créer des pièces plus rapidement avec du matériel acheté.

Vous pouvez observer ci-dessous cette forme d’art ancien, lent et magique du « chitonti », du début à la fin.

 
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Apres avoir ramassé les boutons de coton des arbres, ils sont séchés et aérés sur le chevron des maisons. Pour chaque cosse de coton, ce dernier est délicatement séparé des graines et autres poussières et petits débris. Le coton est ensuite aplanit, formé en petit carré et arrangé en modèle superposé. Le coton s’unit en étant aplanit grâce à une baguette en bois appelée « rishkiti ».

Une fois plat, le disque de coton est roulé pour être ensuite filé. Un métier à tisser de céramique traditionnel est utilisé pour transformer le coton en fil, recourant aux cendres du feu pour pouvoir resserrer et lier le fil. Plusieurs jours sont nécessaires au tissage d’une seule boule de coton et 5 de ces boules produiront suffisamment de fil pour tisser un textile.


 

 
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Vidéo

PEKON RABI PRÉPARANT LE COTON AVANT QU’IL PUISSE ÊTRE FILÉ

 

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 Lidia, “Pekon Rabi” de son nom Shipibo

Lidia, “Pekon Rabi” de son nom Shipibo

Pekon Rabi

Pekon Rabi a 66 ans et est née dans un village voisin. Elle fut abandonnée par ses parents lorsqu’elle était enfant et a été élevé par d’autres membres de sa famille à Paohyan. C’est en observant ses ancêtres qu’elle apprît l’art et de le travail du coton, connu par les Shipibo-Konibos sous le nom de « waxmen ».

Elle a aujourd’hui 7 enfants mais seulement une seule de ses filles continue l’apprentissage de cet art.


 
 

 

 

 

 

 
 

Mode de Vie

LES MOYENS DE SUBSITSTANCE DES INDIGÈNES DANS LE VILLAGE DE PAOHYAN

 

Les habitants de Paohyan continuent de vivre selon la tradition Shipibo-Konibo. Ils pêchent la plupart du temps et complètent leur régime avec les récoltes provenant de leurs fermes, récoltes principalement composées de différentes variétés de plantains et de manioc, mais aussi de patates douces et de maïs. Le poisson et ces récoltes de base sont agrémentés par des produits de la chasse et autres aliments sauvages provenant de la forêt.

Cependant, la situation est en train de changer due au changement climatique global, après l’apparition de sècheresses suivies d’inondations, la plupart des arbres à fruits matures ont péri et certains de leurs bananiers sont toujours en danger.

Les saisons dans la région d’Ucayali sont drastiquement divisées en deux : une longue période sèche, suivie de pluies entre Novembre et Avril. Pendant cette saison de pluies, le village de Paohyan peut être submergé par la crue des rivières, avec leurs maisons sur pilotis « flottant » à la surface. Lors de la saison sèche, les eaux se retirent, séparant le village de la rivière par une centaine de mètres.

La culture Shipibo-Konibo se transmet de générations en générations. Les filles apprennent l’art du textile depuis leur plus jeune âge et les garçons s’exercent à la pêche et au tir à l’arc en chassant de petits lézards à travers le village.

 Gisela aux bords de la rivière lorsque les eaux sont proches de la maison pendant la saison des pluies.

Gisela aux bords de la rivière lorsque les eaux sont proches de la maison pendant la saison des pluies.

 La routine de Pekon Rabi, préparant le poisson fraichement pêché dans la rivière près de sa maison.

La routine de Pekon Rabi, préparant le poisson fraichement pêché dans la rivière près de sa maison.

 Pekon Rabi préparant un déjeuner typiquement Shipibo : poisson frais et plantain.

Pekon Rabi préparant un déjeuner typiquement Shipibo : poisson frais et plantain.

 

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Le Processus

 

LE CADRE

Avec les boules coton prêtes, un cadre de 6 mètres est construit avec des bâtons de cañabrava (arundo donax). Ce cadre produira un long textile qui sera ensuite divisé en 5 pièces individuelles. Il faudra 2 jours de traverse à l’intérieur et à l’extérieur de ce cadre, le coton à la main, avant que ces centaines de fils de coton soient transférés sur le métier à tisser.

 

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LE TISsAGE

À présent, le tissage peut enfin commencer. Cette pratique délicate prend du temps et de la patience mais il en résulte un tissu bien serré qui sera ensuite brodé ou peint. 

1 à 2 semaines sont nécessaires pour tissé une longueur de tissu ; il est donc facile de comprendre pourquoi aujourd’hui les femmes Shipibo-Konibo préfèrent acheter leur tissu directement au magasin.

 

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Dans la jungle

Comme toute étape constituant la fabrication du « chitonti », la collecte des matériaux de la jungle profonde, en dehors du village, est elle aussi importante. En compagnie de Pekon Rabi, Antonio (son mari) et Hildebrando (son fils), nous avons voyagé pendant quelques heures à bord de leur canoé dans les profondeurs de la forêt, à la recherche de ce dont il y avait besoin.

D’abord, nous avons suivi un bras de rivière très étroit, à la recherche d’argile ; ensuite, après avoir été stoppés par des arbres qui coupaient le cours de l’eau, nous avons marché dans la jungle dense, suivant les bords de rivière, jusqu’à arriver un endroit précis où Pekon Rabi s’est souvenu d’un type particulier d’argile, qui git au fond de l’eau.

 

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Pekon Rabi est allé chercher l’argile jusqu’au fond de la rivière trouble, retenant sa respiration jusqu’à une minute, plongeant et ressortant de l’eau les mains pleine d’argile.

Apres qu’une quantité suffisante d’argile ait été amassée, elle a été entreposée dans une sorte de fait-tout, prête à être remportée au village. Cette argile, de couleur grise, sera ensuite transformée en peinture noire pour textiles. Mais pour le moment, notre attention se tourne vers la forêt, où nous allons chercher l’écorce qui permettra de fabriquer la teinture marron pour les textiles.

 

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DANS LA JUNGLE, PEKON RABI TROUVE L’ÉCORCE DE POKOTI

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Les pigments 

Les pigments naturels sont utilisés par les Shipibo-Konibo depuis des générations dans le but de peindre leurs corps, leurs céramiques et leurs textiles. La collecte de ces matériaux au sein de la forêt prend du temps et de l’énergie, si bien que récemment il est de plus en plus courant de voir les textiles Shipibo-Konibo peints ou tissés avec des couleurs synthétiques.

La vision de ce projet est de pouvoir travailler entièrement avec des matériaux naturels ayant pour origine la jungle ; assurant une connexion constante avec l’usage des plantes et de leur savoir, garantissant ainsi la continuité de ces pratiques ancestrales.

 

LES 4 PIGMENTS LES PLUS COURANTS SONT :

 

L’Achiote – en Shipibo-Konibo « Máxe » = Rouge

L’argile – en Shipibo-Konibo « Máno » = Noir

Le curcuma - en Shipibo-Konibo « Koron » = Jaune

L’acajou - en Shipibo-Konibo « Pokóti » = Marron

 

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Réalité Village

Il n’y a que quelques années encore, le village de Paohyan se trouvait à une dizaine d’heures de bateau de la fleurissante et grouillante ville de Pucallpa. Aujourd’hui, il ne faut plus que 3h30 par bateau navette pour rejoindre la ville.

Cette communauté est un village Shipibo-Konibo plutôt très traditionnel, mais on peut désormais observer beaucoup de signes du monde occidental. Plus la durée de transport vers Pucallpa se réduit, plus l’impact occidental est grand, avec l’arrivée des matériaux et des biens produits par la vie urbaine.

Paohyan est composée de longues rues avec la plupart des maisons présentant une devanture de petit magasin, où l’on peut y trouver des boissons gazeuses et de la nourriture sous emballage. A côté du terrain de foot central il y a l’église évangélique et la station radio. Cette dernière peut être lancée à tout moment de la journée, diffusant de la musique et des nouvelles à très haut volume, grâce à des hauts parleurs stratégiquement positionnés à chaque coin. La radio déverse son discours en Shipibo-Konibo, preuve de la force du langage encore actif et vivant, ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’autres langues en Amazonie, qui elles sont en danger de disparition.

 
 La rue principale de Paohyan qui peut être complètement submergée pendant la saison des pluies.

La rue principale de Paohyan qui peut être complètement submergée pendant la saison des pluies.

 Le présentateur de radio langue Shipibo seulement »

Le présentateur de radio langue Shipibo seulement »

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 Un des principaux magasins du village, qui vend des boissons et de la nourriture sous emballage.

Un des principaux magasins du village, qui vend des boissons et de la nourriture sous emballage.

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 Exploitation forestière à petite échelle à 1h de Paohyan, à l’intérieur de la jungle.

Exploitation forestière à petite échelle à 1h de Paohyan, à l’intérieur de la jungle.

 Les bûcherons survivent dans des conditions difficiles, avec des machines vielles et lourdes qui nécessitent constamment des réparations.

Les bûcherons survivent dans des conditions difficiles, avec des machines vielles et lourdes qui nécessitent constamment des réparations.

 

 

 

 

 
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Kené

Le Kené (qui signifie « motif », « clôture » et « chemin ») est un type d’expression artistique réalisée principalement par les femmes de la communauté Shipibo-Konibo. Selon les récits Shipibo-Konibo, les femmes ont appris à créer leurs propres motifs en les copiant du corps d’une divinité féminine connue sous le nom de « Inka », un concept qui signifie en Shipibo-Konibo « céleste ». L’art du Kené exprime à la fois la symétrie et l’asymétrie de l’ordre cosmique, passant du monde visible au monde invisible. Afin de dévoiler ce monde immatériel façonné par le Kené, il est nécessaire d’établir un contact à travers la forme de rituels.

Une conversation avec l’anthropologue Luisa Elvira Belaunde (Université Fédérale de Rio de Janeiro) nous explique que les femmes artistes apprennent à voir les motifs dans leur « xinan », leurs pensées. Ces pensées peuvent être activées par des rêves et des visions, et captées à travers l’utilisation rituelle de plantes puissantes, telles que le « waste » ainsi qu’à travers des restrictions alimentaires et comportementales. Les hommes aux aussi voient des motifs, mais ils apparaissent en général lors de rituels shamaniques, en prenant de l’ayahuasca, plante hallucinogène, et autres « rao », plantes médicinales. À travers les visions activées par l’utilisation rituelle de l’ayahuasca, les pratiquants peuvent voir des motifs et entendre des chants, connus sous le nom d’icaros. Une explication traditionnelle serait de dire que le Kené représente un chant particulier ou « icaro ». Grace aux visions activées par l’ayahuasca, il est possible d’apprendre ces chants et ensuite de les reproduire de manière artistique, et de les utiliser lors de rituels de guérison. L’ethnologue Angelika Gebhart-Sayer appelle cela la « musique visuelle ».

Par conséquent, il y a une distinction entre le Kené tangible et intangible. Les hommes et les femmes peuvent voir le Kené dans leurs visions grâce à l’usage de plantes spécifiques and dans des conditions rituelles spécifiques, certes. Mais généralement, les femmes matérialisent leurs visions en recouvrant physiquement leurs corps et artéfacts avec les motifs, en utilisant des techniques de tissage, de peinture et de broderie, afin de rendre matériel l’immatériel. C’est à travers cet art qu’est de créer et d’appliquer le Kené aux objets de la vie quotidienne, qu’il était bien mieux représenté par le passé qu’aujourd’hui. Le Kené était appliqué à tout objets tels que les vêtements, les céramiques, les ustensiles ou encore sur les poteaux en bois des maisons. Lors de fêtes, les gens se peignaient le visage avec le Kené et les hommes avaient les bras recouvert et fumaient des pipes décorées de Kené.

Il est souvent affirmé que sans les femmes, les hommes n’auraient pas d’ornements matériels, puisque ce sont principalement les femmes Shipibo-Konibo qui aujourd’hui créent ces motifs. Il est probable que la plupart des hommes se soient détachés du processus de création de motifs, dû au métissage et au machisme du 20ème siècle. De plus, les objets que les hommes avaient l’habitude de fabriquer (principalement en bois), sont aujourd’hui achetés en magasin – couteaux, chaises… ou bien il n’y a plus de marché pour ces sculptures en bois. Ce qui se vend ce sont les artéfacts créés par les femmes. Tandis qu’actuellement on peut observer une prédominance des femmes dans l’art Shipibo-Konibo, cela n’a probablement pas été toujours le cas. L’art du Kené n’est jamais statique et continue de changer en accord avec les transformations sociales, économiques et culturelles qui affectent les communautés Shipibo-Kobino et leurs territoires. Compte tenu de l’actuelle dévastation des terres Shipibo-Konibo dû aux extractions, la production du Kené assure une source de subsistance importante  pour beaucoup de ces femmes et aussi pour des familles entières dont l’économie s’intègre de plus en plus à celle du tourisme.

 
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Le Kené ne remplit pas seulement une fonction esthétique, mais il représente également un agent de protection et un gardien de la santé physique et spirituelle pour les Shipibo-Konibo. Les motifs révèlent un dialogue continu avec le monde spirituel et les forces de la forêt tropicale, des rivières et des cieux. Ces modèles sont la représentation de tout un système de communication avec les esprits des plantes. Bien que provenant de l’imagination individuelle, chaque pièce est basée sur la conscience collective de la tribu Shipibo.

Nombre de plantes ou d’animaux montrent le Kené, le plus important étant le motif de l’Anaconda (Ronin Kené), mère de tous les motifs. 45 éléments graphiques ont été distingués par le professeur Shipibo-Konibo Lauriano Cairuna. Ces éléments peuvent être classés selon les groupes suivants : 

1) La nature (par ex. les rivières, les montagnes)

2) Les divinités (par ex. le soleil, la lune)

3) L’état physique d’une personne (par ex. la force, la nostalgie)

4) Les activités humaines (par ex. marcher sur un chemin, ramer, danser pendant une fête) 

On peut donc comprendre que pour les Shipibo-Konibo, tout ce que nous appelons « art » comme le Kené est en fait une expression des entités magiques, contactées par voies sensorielles, par rituels et grâce à l’usage de plantes. La majorité de ces formes géométriques correspondent à des perceptions cosmiques et sont exprimées par des personnages représentant ces êtres divins, animaux ou choses.

Bien qu’il existe la possibilité que le mythe du Kené soit venu aux Shipibo-Konibo sous la forme d’un corps féminin, l’anthropologue Luisa Elvira Belaunde suggère l’importance du Kené pour l’identité culturelle collective du peuple Shipibo-Konibo, au sein de l’économie du tourisme et de la scène des arts contemporains du Pérou et du reste du monde. La reconnaissance du Kené comme héritage culturel en 2008 est un hommage aux Shipibo-Konibo grandement mérité, peuple duquel les citadins péruviens ont appris, tout comme eux-mêmes ont appris des êtres célestes Inka à admirer et pratiquer le Kené.

 

 

 

 

 

 

 
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Conclusion

La vision à long terme de Xapiri et d’Alianza Arkana n’est pas seulement de soutenir les femmes aînées à conserver leurs traditions mais également d’encourager les jeunes générations à apprendre cet art. Avec du temps et en utilisant une part du profit de la vente des textiles à travers la galerie Xapiri, notre but est de produire des ateliers lors desquels les aînés peuvent enseigner aux femmes plus jeunes et ainsi transmettre cette connaissance ancestrale.

Ce projet travaille aussi avec les villageois dans le but de construire une petite ferme durable de production de coton, où les cotons qui proviennent de l’héritage familial, y compris les cotons teints qui ont été perdus, seraient plantés et mis à disposition des femmes. Cela permettrait de s’assurer que les femmes aient suffisamment de matière première. En éduquant le public à cet art, à sa place si spéciale dans la culture Shipibo-Konibo et au long processus de fabrication de chaque pièce, nous espérons provoquer l’appréciation de sa réelle valeur et du talent artistique.

Pour Alianza Arkana, le but est de cultiver le droit à l’auto-détermination, en pourvoyant un moyen de subsistance culturellement adéquate aux Shipibo, ce qui place entre leurs mains le contrôle de leur culture, réaffirmant une fierté de leur identité et soutenant la pérennisation d’une pratique culturelle sapée, ceci tout en augmentant leurs revenus, pour les artisans et la jeune génération de la tribu Shipibo.

Ce travail reflète l’engagement d’Alianza Arkana à trouver des solutions régénératives pour les communautés indigènes de l’Amazonie, focalisées sur le bien-être, l’amélioration de l’accès à l’éducation, aux opportunités économiques et à la santé, afin de garantir la durabilité et de promouvoir l’auto-détermination. Centré sur la construction d’alliances avec les communautés pour des générations, Alianza Arkana crée des relations mutuelles avec les communautés de l’Amazonie péruvienne afin de cultiver des solutions durables et d’affronter de manière créative les défis éco-sociaux auxquels ce peuple fait face.

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Merci Paul.

Nous souhaitons dédier ce travail à la mémoire du Dr. Paul Roberts (co-fondateur d’Aliaza Arkana) qui nous a malheureusement quitté cette année. Paul a fait preuve d’influence au début de ce projet et a démontré un dévouement certain à travailler avec et à soutenir le peuple Shipibo. Son esprit reste parmi nous et il laisse derrière lui un héritage d’inspiration.

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L’équité est une qualité majeure dans la culture Shipibo. Les guérisseurs qui travaillent avec les étrangers attirent bien souvent de la jalousie, due à leurs revenus et à la manière dont ils peuvent prendre soin de leur famille, conséquence de ce que ce type de relations peut attirer.  À Paohyan, il y a peu d’opportunités d’avoir un revenu à cause de la distance qui sépare le village de la ville. De plus en plus de famille sont forcées de migrer à Pucallpa afin de subvenir à une vie qui demande toujours plus d’argent.

La vision de ce projet est de donner aux membres de la communauté la chance de gagner de l’argent à travers leur art magnifique, tout en étant capable de continuer à vivre leur vie de manière traditionnelle à Paohyan.

Si l’on prend Pekon Rabi comme exemple, l’argent gagné grâce à la vente de ses textiles a permis le payement des études de son fils, de payer des médicaments pour sa fille, mais aussi de pouvoir payer une nouvelle maison familiale. Pekon Kena est un exemple qui démontre comment sa connaissance ancestrale peut jouer un rôle important pour les besoins de sa famille dans l’exigence qu’est le monde d’aujourd’hui.

Avec une demande croissante des textiles « chitonti », les artistes de Paohyan se voient offrir une nouvelle opportunité de suivre l’exemple de Pekon Rabi.


 

 À gauche, l’ancienne maison de Pekon Rabi, aujourd’hui utilisée comme atelier pour son art et comme sorte de salle à manger, à côté de la cuisine. La nouvelle maison a été construite avec l’argent collecté du projet textile et abrite le couchage pour toute la famille.

À gauche, l’ancienne maison de Pekon Rabi, aujourd’hui utilisée comme atelier pour son art et comme sorte de salle à manger, à côté de la cuisine. La nouvelle maison a été construite avec l’argent collecté du projet textile et abrite le couchage pour toute la famille.

 

L’art joue un rôle important dans la culture indigène et il est vital que ces traditions ancestrales perdurent afin que l’identité Shipibo-Konibo reste forte. Avec cette culture toujours vivante, bien sûr leur style de vie et leur culture est en constante évolution, mais nous devons ensemble nous assurer que ces traditions plus qu’anciennes et complexes, comme le « chitonti », ne soient pas perdues, car sinon c’est une perte non seulement pour le peuple Shipibo-Konibo, mais également pour l’humanité entière. 

En publiant ce rapport nous espérons créer une référence qui aide à la compréhension plus générale de la tradition textile Shipibo-Konibo, ainsi cette forme d’art sera valorisée et pratiquée encore pour plusieurs générations.

 

 

Pour pouvoir consulter notre sélection de textiles disponibles en magasin, contactez-nous

Ou visitez notre magasin en ligne

 
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References:

La corona de la inspiración. Los diseños geomètricos de los Shipibo-Konibo y sus relaciones con cosmovisión y música (2009). Bernd Brabec de Mori / Laida Mori Silvano de Brabecc

Mundo semiotico de diseños (2004).
Maria Belén Soria Casaverde

Kené: Arte, ciencia y tradición en diseño (2009). Luisa Elvira Belaunde

The Geometric Designs of the Shipibo-Conibo in ritual context. Angelika Gebhart-Sayer

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